Produits structurés mal embarqués : comment restructurer sans tout perdre
Depuis 2026, certains produits structurés traversent des moments compliqués. En cause, des paris qui se sont révélés être de mauvais choix, et qui créent aujourd’hui des problèmes soit de liquidité sur certains produits, soit des pertes potentiellement très importantes sur d’autres.
On rencontre deux grands cas de figure sur le marché :
- Les produits de taux commercialisés de 2023 à 2025, qui sont mal embarqués en raison des taux qui s’envolent sur la même période puis au-delà ;
- Les produits actions sur titre vif qui se sont fortement retournés à la baisse, dont l’exemple le plus connu est Stellantis (avec des pertes très importantes), et dans une moindre mesure Bayer ou LVMH.
Premier exemple : restructurer un produit de taux
Ce sujet intéresse les particuliers exposés, mais aussi beaucoup de sociétés, d’associations, de fondations et de caisses de retraite, qui placent leur trésorerie sur ce type de produits.
Le constat est simple : ces produits sont mal embarqués, et ils vont le rester probablement longtemps. Avec la remontée des taux post-Covid, on a assisté à un regain d’attractivité massif pour les produits de taux (TEC10Y, CMS10Y, Euribor 3 mois). Mais avec la hausse des taux qui se poursuit, ces produits vont probablement être détenus très longtemps, huit à dix ans, avec une plus-value finale incertaine, même si le risque de perte en capital reste faible.
Prenons un exemple concret : un Phoenix TEC10Y (OAT 10 ans), émis début 2025. À l’époque, le TEC10Y affichait un niveau autour de 3,25 % fin janvier 2025. Depuis, avec la hausse des taux, le produit est aujourd’hui très mal positionné pour délivrer de la performance sur les prochaines observations : le TEC10Y se traite désormais à un niveau supérieur de 80 points de base à la barrière de coupon. Résultat, la valorisation de ce produit sur le marché secondaire est inférieure à 80 %.
Comment restructurer ? On vend le Phoenix TEC10Y sur le marché secondaire, à 80 % pour reprendre notre exemple, et on réemploie ces 80 % sur un nouveau produit. L’investisseur acte à cet instant une perte de 20 %.
| PHOENIX TEC10Y (OAT 10Y) Produit Initial | PHOENIX TECSY (OAT 5Y) Restructuration | ||
| Date d’émission | Début 2025 | Date d’émission | Septembre 2026 |
| Montant investi | 1M € | Montant investi | 800K € |
| Maturité | 10 Ans | Maturité | 10 Ans |
| Protection du Capital | 100% garanti à maturité | Protection du Capital | 100% garanti à maturité |
| Observations | Trimestrielles (Paiement Distribué) | Observations | Trimestrielles (Paiement In Fine) |
| Barrière de Coupon | 3,60% | Barrière de Coupon | 5,00% |
| Barrière de Rappel | 3,00% | Barrière de Rappel | 2,80% |
| Coupon Annuel | 8,00% | Coupon Annuel | 6,50% |
| Coupon Garanti année 1 | 25,00% | ||
Comparatif entre le produit initiale et le produit de restructuration
Ce nouveau produit, un Phoenix TEC5Y (OAT 5 ans), permet dans un premier temps de faire bénéficier l’investisseur d’un coupon garanti de 25 % en année 1. Concrètement, la restructuration devient garantie en capital : 800 000 euros replacés, multipliés par 1,25, redonnent le million d’euros initialement investi. On change aussi de sous-jacent, ce qui rassure mécaniquement l’investisseur, et on ajuste les barrières compte tenu des niveaux actuels. En contrepartie, l’investisseur accepte de diminuer le montant du coupon annuel et de passer en format in fine.
L’intérêt : on diminue la probabilité de rappel anticipé, mais on augmente la probabilité de percevoir des coupons.
A noter que c’est vraiment du sur-mesure. L’exemple que nous donnons n’est qu’une solution parmi d’autres. Une restructuration, c’est le sur-mesure du sur-mesure. Certains investisseurs préfèreront sortir vite et récupérer vite leur capital. D’autres préfèrent garder la durée, mais optimiser le rappel en jouant sur les coupons. Globalement, on cherche du rendement, et plus les taux sont élevés, plus on peut structurer des produits rémunérateurs.
Second exemple : restructurer le produit lui-même
On peut aussi, plus rarement, modifier le produit en lui-même. C’est un cas de figure moins fréquent, car les émetteurs n’aiment pas conserver ces produits.
Prenons l’exemple des « Stellantis Decrement ». La grande majorité de ces produits valent aujourd’hui entre 1 % et 10 %. Normalement, le conseiller est censé réagir, et les banques ont visiblement été plutôt réactives sur ce dossier.
Voici un exemple chiffré, présenté en avril 2026, à partir d’un Phoenix Mémoire émis en avril 2024 et valorisé 4 % à cette date.
Phoenix Mémoire — caractéristiques initiales
- Maturité : 10 ans
- Exposition : Stellantis Decrement 1,20 €
- Niveau initial : 23,863 EUR (02/04/2024)
- Observations : trimestrielles
- Barrière de rappel : 100 % du niveau initial, puis dégressivité de 5,00 % par an
- Barrière de coupon : 60,00 % du niveau initial (− 40 %)
- Barrière de capital : 40,00 % du niveau initial (− 60 %)
- Coupon : 8,00 % par an
La restructuration proposée conserve le Phoenix Mémoire, mais modifie trois paramètres :
- On passe sur l’action Stellantis classique, dite Price Return (dividendes non réinvestis).
- On abandonne tous les coupons mémorisés et futurs, quel que soit le scénario à venir.
- On retire la barrière dégressive.
Résultat : le produit passe immédiatement d’une valorisation de 4 % à environ 25 %. L’objectif devient alors de repasser au-dessus de la barrière de protection du capital avant la maturité. Concrètement, si Stellantis remonte à 9,54 euros, l’investisseur récupère 100 % de son capital.
Ce qu’il faut retenir
Restructurer un produit structuré, ce n’est jamais une martingale : c’est acter une partie de la perte pour repartir sur des bases plus saines, ou accepter d’abandonner un potentiel de gain pour retrouver le chemin de la protection du capital. Dans les deux cas, c’est un travail sur-mesure, qui suppose d’aller regarder produit par produit, avec son conseiller, ce qui peut réellement être fait, et ce qui relève du vœu pieux.
fx.soeur
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