Comment gérer son patrimoine lorsqu’on réside en Polynésie ?
La Polynésie française : un territoire français, une fiscalité étrangère
Sur le plan fiscal la Polynésie française est juridiquement étrangère à la métropole.
Collectivité d’outre-mer dotée d’une large autonomie, la Polynésie française vote sa propre fiscalité par l’intermédiaire de son assemblée. Concrètement, pour un résident fiscal polynésien, cela signifie :
- Pas d’impôt sur le revenu au sens métropolitain du terme ;
- Pas de prélèvements sociaux (CSG, CRDS) ;
- Pas d’impôt sur la fortune immobilière (IFI) sur les biens situés sur le territoire ;
- Pas de droits de succession sur les biens polynésiens.
Ce particularisme crée deux situations que nous rencontrons régulièrement dans notre activité de conseil : d’une part, des résidents polynésiens qui appliquent des stratégies patrimoniales pensées pour le système fiscal métropolitain, avec à la clé des produits inadaptés et des frottements fiscaux évitables ; d’autre part, des métropolitains qui envisagent une installation en Polynésie en pensant, à tort, que vivre à Tahiti les met à l’abri de toute fiscalité française.
Placement financiers : les bons réflexes du résident polynésien
- Le PEA : inaccessible aux résidents polynésiens… mais une vraie opportunité au départ
Le Plan d’Épargne en Actions est l’enveloppe star des Français pour investir en actions européennes. Mais c’est un produit strictement réservé aux résidents fiscaux français : un résident polynésien ne peut pas en ouvrir. Il devra passer par un compte-titres.
En revanche, pour ceux qui détiennent déjà un PEA avant leur départ, il existe une réelle opportunité. On le rappelle, en métropole, un retrait sur un PEA de plus de cinq ans est exonéré d’impôt sur la plus-value, mais les prélèvements sociaux restent dus, au taux de 18,6 % depuis janvier 2026. Vous attendez d’être officiellement installé en Polynésie pour réaliser la même opération, le retrait échappe totalement aux prélèvements sociaux.
Exemple : sur 50 000 € de plus-values, ce sont 9 000 € d’économie.
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Le point pratique à ne pas négliger Pour bénéficier de cette exonération, il est impératif de notifier le changement de résidence fiscale à sa banque en amont, en lui transmettant un certificat de résidence délivré par la DICP (Direction des Impôts et des Contributions Publiques de Polynésie française). À défaut, la banque continuera de prélever par défaut. Les sommes restent récupérables par voie de réclamation dans un délai de deux ans, mais mieux vaut anticiper. |
- L’assurance-vie : zéro prélèvement social pour le résident polynésien
Contrairement au PEA, l’assurance-vie française reste accessible aux résidents polynésiens. Et son traitement fiscal devient même particulièrement avantageux.
En métropole, les intérêts du fonds en euros supportent chaque année les prélèvements sociaux au taux de 17,2 %. Pour un résident polynésien : zéro prélèvement social sur ces mêmes intérêts.
Exemple : pour un contrat de 500 000 € investi à 70 % en fonds euros, l’économie représente environ 2 000 € chaque année, uniquement sur les prélèvements sociaux.
Au moment du rachat, l’avantage persiste : toujours aucun prélèvement social, seule la fiscalité sur les produits reste due.
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Vigilance : les prélèvements automatiques des assureurs Dans la pratique, de nombreux assureurs français continuent de prélever par défaut les prélèvements sociaux, même lorsque leur client est devenu résident polynésien. C’est une erreur, c’est récupérable mais encore faut-il le savoir. Pour l’éviter, il convient de transmettre chaque année à son assureur une attestation de résidence fiscale accompagnée du formulaire CERFA 5000. |
- Le contrat luxembourgeois pour les patrimoines significatifs
Pour les patrimoines importants, le contrat d’assurance-vie luxembourgeois constitue souvent la solution la plus pertinente : neutralité fiscale, univers d’investissement élargi, et protection juridique renforcée des avoirs grâce au triangle de sécurité luxembourgeois.
La transmission : zéro droit de succession en Polynésie française
C’est sans doute la spécificité la plus puissante du territoire : il n’existe pas de droits de succession en Polynésie française. Aucun.
Un résident polynésien qui transmet des biens situés sur le territoire (résidence principale, terrains, comptes bancaires locaux) ne génère aucun droit de succession, que le bénéficiaire soit un enfant, un neveu ou même un ami, dès lors que celui-ci est lui-même résident polynésien (et ne réside pas en France depuis plus de 6 ans au cours des 10 dernières années).
Attention toutefois : dès qu’un bien est situé en métropole, la règle change. Un appartement à Bordeaux, une assurance-vie souscrite auprès d’un assureur français (pour la part des versements après 70 ans), des titres de sociétés françaises : tous ces actifs restent soumis à la fiscalité successorale française, même lorsque le défunt réside à Tahiti.
La localisation des biens et le choix des enveloppes de détention constitue donc un paramètre central de toute stratégie de transmission pour les familles ayant un patrimoine entre les deux territoires. À titre d’exemple, pour les versements effectués après 70 ans sur une assurance-vie, le choix entre un contrat français et un contrat luxembourgeois peut modifier significativement le traitement successoral. C’est un arbitrage à étudier au cas par cas.
Le patrimoine métropolitain : l’angle mort des résidents polynésiens
« Si je vis en Polynésie, j’échappe à la fiscalité française. »
Cette idée reçue est fausse, et elle constitue l’angle mort de nombreuses stratégies patrimoniales.
Trois exemples concrets :
- L’impôt sur la fortune immobilière (IFI)
L’exonération d’IFI ne vaut que pour les biens situés en Polynésie. Au-delà de 1,3 million d’euros d’actifs immobiliers nets détenus en métropole par foyer fiscal, le résident polynésien reste redevable de l’IFI en France.
- Les revenus locatifs de source métropolitaine
Les loyers d’un bien situé en métropole, un appartement loué à Montpellier par exemple, sont imposés selon le régime des non-résidents : au taux par défaut de 20 % au titre de l’impôt sur le revenu, auxquels s’ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux. Soit environ 40 % de charge fiscale : on est loin de l’image du paradis fiscal.
À noter : le mécanisme du taux moyen permet, dans certaines situations, d’obtenir un taux d’imposition inférieur à 20 %. Cette option mérite d’être étudiée au cas par cas.
- Les dividendes de sociétés françaises
Un résident polynésien qui perçoit des dividendes d’une société française supporte une retenue à la source de 12,8 % en France sans prélèvements sociaux français, ni imposition en Polynésie. Au final : 12,8 % libératoires.
Une réglementation locale en mouvement : l’épisode de la réforme RNS
Dernier enseignement, et non des moindres : la réglementation polynésienne évolue, et peut évoluer vite.
Début 2026, la Polynésie française a promulgué une réforme de son régime des non-salariés (RNS) qui prévoyait d’assujettir à des cotisations sociales de 9,84 % les revenus locatifs et les dividendes au-delà d’environ 30 000 € annuels y compris, selon la lecture du texte, les loyers de source métropolitaine. Pour un résident polynésien détenant de l’immobilier locatif en France, cela aurait représenté une triple charge : impôt français, prélèvements sociaux français et cotisations sociales polynésiennes.
Cette loi a finalement été abrogée le 21 mai 2026, à la suite d’une forte mobilisation et de fragilités juridiques. Mais le gouvernement polynésien a clairement indiqué sa volonté de présenter un nouveau texte : la tendance à l’élargissement de l’assiette des cotisations sociales aux revenus du patrimoine est bien là.
Pour les résidents polynésiens disposant de revenus patrimoniaux significatifs, c’est un sujet à suivre de près et à anticiper dans la structuration de son patrimoine.
Les 3 messages à retenir
- Vivre en Polynésie change la donne sur les placements à condition d’utiliser les bons outils et de sécuriser les démarches administratives (certificat DICP, CERFA 5000).
- La transmission y est exceptionnellement favorable à condition que les biens, mais aussi les héritiers et bénéficiaires, soient localisés sur le territoire.
- Vivre à Tahiti n’exonère pas de la fiscalité française sur le patrimoine resté en métropole. Il faut le savoir, et s’y préparer, d’autant que la réglementation locale évolue.
Avant un départ, le bon réflexe est de cartographier l’ensemble de son patrimoine, d’arbitrer ses produits avec un conseil maîtrisant les deux fiscalités, et de ne pas oublier ce que l’on conserve en France.
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Notre accompagnement Chez Terrae Patrimoine nous accompagnons les familles qui détiennent un patrimoine entre la métropole et la Polynésie française, résidents polynésiens, candidats à l’installation ou expatriés de retour pour qu’elles profitent du meilleur des deux mondes. Angèle Tata, gérante de Terrae Patrimoine Montpellier, est née en Polynésie française et y a vécu vingt ans. Cette double culture, métropolitaine et polynésienne, est au cœur de notre expertise sur ces sujets transfrontaliers. |
FAQ – Vos questions sur le patrimoine en Polynésie française
- La Polynésie française est-elle un paradis fiscal ?
Non. Un paradis fiscal se caractérise par l’opacité et l’absence de coopération fiscale internationale. La Polynésie française est un territoire de la République, démocratiquement administré, dont la fiscalité est votée par une assemblée élue. Elle a simplement fait un choix différent de la métropole : taxer davantage la consommation (TVA locale, droits de douane) que les revenus. À titre d’illustration, le niveau des prix à la consommation y est en moyenne 31 % plus élevé qu’en métropole selon l’ISPF (Institut de la statistique de la Polynésie française).
- Un résident polynésien peut-il ouvrir un PEA ?
Non, le PEA est réservé aux résidents fiscaux français. Un résident polynésien devra passer par un compte-titres. En revanche, un PEA ouvert avant le départ peut être conservé, et les retraits effectués une fois la résidence polynésienne établie échappent aux prélèvements sociaux.
- Faut-il clôturer son assurance-vie française avant de s’installer en Polynésie ?
Pas nécessairement. L’assurance-vie française reste accessible et devient même fiscalement avantageuse pour un résident polynésien (zéro prélèvement social). L’essentiel est de notifier le changement de résidence à l’assureur (attestation de résidence et CERFA 5000) et d’examiner, selon le montant du patrimoine et les objectifs de transmission, l’opportunité d’un contrat luxembourgeois.
- Y a-t-il des droits de succession en Polynésie française ?
Non, il n’existe pas de droits de succession sur les biens situés en Polynésie française, quel que soit le lien de parenté avec le bénéficiaire, sous réserve des conditions de résidence de ce dernier. En revanche, les biens situés en métropole restent soumis à la fiscalité successorale française.
- Quels impôts français continue-t-on de payer en vivant à Tahiti ?
Principalement : l’IFI sur les biens immobiliers français au-delà de 1,3 M€ d’actifs nets, l’impôt sur le revenu sur les loyers de source française (taux par défaut de 20 %, plus 17,2 % de prélèvements sociaux), et une retenue à la source de 12,8 % sur les dividendes de sociétés françaises.
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Voici notre intervention à ce sujet dans l’émission Tout pour investir de BFM Business :
fx.soeur
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